Discours prononcé par Christian Lajoux à l'occasion de la présentation à la Presse du "Bilan économique 2009".
Mesdames, Messieurs, chers Amis,
Comme chaque année, nous rendons public le bilan économique des Entreprises du Médicament en France, assorti des perspectives pour l’année en cours.
Ce rendez-vous est donc pour moi l’occasion de dresser un état des lieux économique du secteur, de nous projeter dans l’avenir et d’émettre une série de recommandations pour permettre aux entreprises du médicament d’assurer leur mission première : garantir l’accès à des soins de qualité pour tous.
1 - Le rythme de croissance ralenti de notre secteur.
En 2008, les Entreprises du Médicament ont réalisé en France un chiffre d’affaires de 26,2 milliards d’euros, soit une hausse de 2.7 % par rapport à 2007. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer à plusieurs reprises, cette faible croissance n’est pas la seule conséquence de la crise à laquelle l’ensemble des économies mondiales sont aujourd’hui confrontées. Il nous faut donc bien plus rechercher l’explication de ce ralentissement dans les grandes mutations qui affectent en profondeur notre secteur d’activité : générification et ralentissement de croissance des grands blockbusters et maîtrise des dépenses de médicaments, développement de produits de niches destinés à des populations plus ciblées, émergence des biotechnologies… La montée en puissance des médicaments génériques illustre le propos : en 2008, avec un peu plus d’une boîte sur 5 vendues en pharmacie, les génériques réalisent 10,2 % du chiffre d’affaires du médicament remboursable - contre 9,6 % en 2007.
La crise conjoncturelle est toutefois pour nous une source d’inquiétude. En effet, elle induit une contraction violente des recettes des systèmes de protection sociale, creusant ainsi mécaniquement les déficits sociaux alors même que les objectifs d’évolution de dépenses fixés aux médicaments par la voie de financement de la Sécurité Sociale sont largement tenus (1 point de masse salariale = 2 milliards de recettes). Nous sommes bien évidemment attentifs à ce que le manque à gagner en recettes ne se traduise pas par des mesures pénalisantes arbitraires pour notre secteur d’activité. Il nous faut à tout prix éviter de retomber dans le cycle destructeur considérant le médicament comme la variable d’ajustement. La mutation structurelle appelle des décisions structurantes qui permettent l’essor des politiques industrielles.
2 - Le contexte dans lequel nous évoluons est celui d’une concurrence accrue et d’un durcissement de la compétition au niveau international liés à l’émergence de nouvelles puissances pharmaceutiques. Les cartes sont redistribuées, et le fait que notre pays bénéficie de nombreux atouts n’est pas un gage de réussite, pour l’avenir.
En effet, nos exportations de médicaments sont en hausse de 10.4 % par rapport à 2007 - 21.2 milliards d’euros - tandis que les importations en progression de 5.2 %, sont estimées à 14 milliards d’euros.
Ainsi le médicament représente-t-il aujourd’hui le 4ème excédent commercial de la France, avec 7.1 milliards d’euros.
Cet excellent indicateur doit toutefois être apprécié avec prudence dans la mesure où il reflète une forte activité de la France dans le domaine du médicament chimique. Si notre pays ne prend pas très rapidement le virage des médicaments issus des biotechnologies, cette situation enviable risque d’être sans lendemain.
3 - La mutation est en œuvre, les entreprises s’y emploient et nous sommes dans une phase de restructuration du secteur du Médicament qui concerne des hommes qui le recherchent, qui le développent, qui le produisent et qui le commercialisent et ces hommes constituent la première richesse du secteur.
Notre bilan économique fait certes état d’une progression de 18 % en dix ans du nombre d’emplois dans le secteur du médicament. Ainsi, en 2007, près de 104 000 personnes travaillent dans l’industrie pharmaceutique ; un chiffre qui passe à 310 000, si l’on prend en compte l’ensemble de la chaîne du médicament. Mais il ne faut pas se fier à ces chiffres en trompe l’œil.
En effet, et j’aurai l’occasion d’aborder le sujet plus en détail dans le baromètre social que je vous présenterai à la rentrée, il me faut rappeler devant vous que l’industrie pharmaceutique a cessé d’être créatrice nette d’emplois depuis plusieurs années et l’accompagnement social de ces mutations constitue désormais un défi majeur que l’industrie pharmaceutique relève avec volontarisme et responsabilité.
Les visiteurs médicaux sont les plus touchés : l'industrie pharmaceutique compte 21 800 visiteurs médicaux en 2008 et, selon les projections du Cabinet Arthur D. Little qui datent de 2007, une baisse de 5 000 à 6 000 postes est à attendre d’ici à 2010/2012 soit plus de 20 % des effectifs. La diminution devrait toucher essentiellement les réseaux de ville.
Cette anticipation de l’évolution de l’emploi nous permet de nous doter d’outils de gestion des ressources humaines pour accompagner les changements auxquels nous sommes confrontés.
4 - La situation de notre secteur démontre une relative résistance avec la conscience d’une radicalisation de changement de profil dans les années 2012/2013, si l’on veut bien la comparer à celle d’autres branches d’activité. Nous sommes convaincus que la santé et le médicament sont des leviers économiques de sortie de crise.
D’abord parce que le médicament est à la fois une réponse à des besoins de santé publique et un économiseur de coûts (journées d’hospitalisation, arrêts de travail…). En effet, à l’instar d’une politique de prévention volontariste, d’une meilleure hygiène de vie, d’un système de protection sociale garantissant l’accès aux soins, d’une offre de soins adaptée, le médicament contribue largement à l’amélioration des indicateurs de santé en France. La preuve : selon une étude IMS[1] que nous rendons publique aujourd’hui, il existe un lien entre nos bons indicateurs de santé et l’accès au médicament : les faibles taux de décès par maladies cardiovasculaires peuvent être rapprochés d’une bonne prévention médicamenteuse des facteurs de risque ; quant aux bons résultats en termes de taux de survie pour les cancers, ils sont associés à une dépense pharmaceutique élevée en valeur et plus modérée en volume, ce qui traduit l’impact positif du recours à des produits innovants.
Ensuite parce que notre secteur génère de l’emploi et de la richesse. Les domaines dans lesquels notre pays bénéficie d’avantages concurrentiels dans la compétition internationale ne sont pas si nombreux et le médicament est l’un d’eux.
Je rappelle ici que l’industrie du médicament est l’un des secteurs économiques dans lequel l’effort accordé à la recherche est le plus important. En 2006, le budget total consacré à la recherche était de 4.6 milliards d’euros[2] (on l’estime à 4.9 Md€ en 2008), soit 12.3 % du chiffre d’affaires des Entreprises du Médicament. A titre de comparaison, le secteur de l’automobile consacre 4,2 % de son chiffre d’affaires à la recherche. Par ailleurs, le budget recherche de l’industrie pharmaceutique est supérieur à celui de l’aéronautique et du spatial, lequel est pourtant financé à hauteur de 33 % par les fonds publics, contre 1 % seulement pour le secteur du médicament.
5 - Il est réaliste de ne plus appréhender l’industrie du Médicament sous le seul prisme des coûts qu’elle engendre, ce qui n’est aujourd’hui contesté par aucun économiste ni observateur sérieux !
Selon l’étude CEMKA publiée en 2006, l’industrie pharmaceutique a un impact fortement multiplicateur : un euro de chiffre d’affaires réalisé dans la fabrication et la commercialisation de médicaments entraîne 1,5 euros de chiffre d’affaires réalisés ailleurs dans l’économie nationale.
De la même façon, 1 emploi dans le secteur du médicament est lié à 3,9 emplois dans le reste de l’économie (5,1 emplois si on compte les administrations publiques) ; à 1 euro de valeur ajoutée créée dans le secteur des médicaments correspond 2 euros de valeur ajoutée dans le reste de l’économie.
Dans le même temps, le médicament contribue à l’effort de maîtrise des dépenses de santé. La Cnam montre en 2008 que la maîtrise médicalisée a entraîné 435 millions d’euros d’économies en ville et 119 millions à l’hôpital. Soit un total de 554 millions d’euros, contre 367 seulement en 2007. Le poste « médicament » est celui qui respecte aujourd’hui le mieux les taux de croissance fixés par la Loi de financement de la Sécurité Sociale.
Les pouvoirs publics poursuivent par ailleurs leurs actions de maîtrise médicalisée des dépenses de santé en incitant à la consommation de génériques par exemple en
développant les Contrats d’amélioration des pratiques individuelles (Capi). Avec les Capi, les médecins peuvent s’engager notamment sur des objectifs de prescription de produits anciens, pour sept classes médicamenteuses, et toucher jusqu’à 5 000 euros par an, en complément de leur rémunération à l’acte.
6 - Les industriels et la puissance publique doivent unir leurs efforts pour accroître la visibilité internationale de notre pays, et réussir l’optimisation des activités de notre secteur, comme atout de sortie de crise.
C’est pourquoi j’appelle de mes vœux le resserrement des liens entre secteurs public et privé : les grandes infrastructures de recherche favorisant le maillage avec les biotechnologies, ainsi que les études cliniques et épidémiologiques, menées en partenariat avec le monde hospitalier, doivent devenir exemplaires dans un contexte économique et administratif le plus souple et le plus efficace possible.
Il est important que l’Etat comprenne que notre secteur a besoin d’un environnement favorable pour se développer de façon optimale. Cela signifie que des règles stables, équitables et transparentes doivent s’appliquer concernant l’environnement économique des industriels en France. Je me réjouis de la prise de position à mon avis fondatrice du Président de la République sur ce sujet, lors de la réunion du 5 juin. Beaucoup a déjà été fait ces deux dernières années, mais nous tenons à ce que l’approche médico-économique adoptée par les pouvoirs publics se développe à partir de règles capables d’être déclinées au niveau international et de garantir aussi bien le respect de la propriété intellectuelle que l’accès du patient à l’innovation thérapeutique.
Quant aux modalités de l’évaluation de la valeur collective des stratégies thérapeutiques, il convient de nous assurer qu’elles ne restreignent en rien l’accès au progrès thérapeutique et qu’elles restent prédictibles, transparentes et réalisées par les meilleurs experts. De ce point de vue, le bilan des avancées thérapeutiques 2008, établi sur la base des avis rendus par la Commission de la transparence[3], fait apparaître
31 situations thérapeutiques améliorées (contre 51 en 2007), en particulier en cancérologie, infectiologie et dans le domaine des maladies rares. Ce ralentissement du progrès thérapeutique signifie de notre point de vue, moins une panne de l’innovation qu’une moindre reconnaissance du progrès thérapeutique.
Il nous faut enfin réussir la révolution des biotechnologies. La France doit, dans ce domaine, rattraper son retard. Elle le peut, si elle le veut. Le Royaume-Uni possède quatre fois plus d’entreprises de biotechnologies cotées que la France. En outre, aucune implantation de site de bioproduction de lots commerciaux n’était prévue jusqu’à une date très récente en France - mais les choses heureusement changent. Les enjeux sont stratégiques car la part des biomédicaments dans l’industrie pharmaceutique devrait passer de 10 % à plus de 15 % d’ici à 2012. Parallèlement, une augmentation de 12 % des ventes mondiales des biomédicaments est attendue d’ici à cinq ans pour un accroissement de seulement 4 % des ventes de médicaments classiques.
7 - L’année 2009 infléchira les mutations structurelles
Ceci alors que le rythme d’arrivée au marché de nouveaux produits demeure faible, les baisses de prix, l’essor des génériques et le développement des référentiels de bon usage se poursuivent ; dans ces conditions et à cette période de l’année, on peut présumer pour 2009 une faible croissance du marché remboursable de ville, autour de 2 % et du marché hospitalier autour de 3 %.
Je voudrais, pour conclure, terminer cette intervention en insistant sur deux points :
Ø Face aux critiques qui s’élèvent parfois à notre égard, je voudrais rappeler devant vous quelques évidences concernant l’apport majeur de l’industrie pharmaceutique à la santé des Français et à l’économie des Français :
- le risque de mortalité par cancer a en fait diminué de 24 % entre 1980 et 2005 ;
- la moitié des patients ayant une insuffisance cardiaque mourrait dans les 5 ans ; aujourd’hui, c’est un quart.
- grâce aux trithérapies, l’espérance de vie des patients HIV infectés a augmenté de 13 ans, avec une baisse de la mortalité de près de 40 %. 80 % des patients pris en charge en France bénéficient d’une trithérapie et les ¾ d’entre eux ont une charge virale indétectable dans le sang…
Vous pourriez autant que nous, sans difficulté, poursuivre cette énumération.
Ø L’autre point concerne les attentes des citoyens au-delà du rôle que nous assurons dans le progrès thérapeutique. Elles concernent la dimension industrielle, l’emploi pour ceux qui y travaillent déjà et les débouchés pour ceux qui finissent des études de biologie, de chimie, d’ingénieurs etc…
Elles concernent notre capacité à répondre, y compris en termes de logistique, à une réponse coordonnée face aux risques de la grippe A.
Elles concernent notre capacité à maintenir notre pays dans une forme d’indépendance stratégique face aux sujets de santé.
Depuis plusieurs années, nous nous sommes engagés dans une démarche de responsabilité sociale, économique et thérapeutique, en insistant notamment sur le fait que nous devions répondre aux interrogations des citoyens. Nous nous inscrivons délibérément dans cette approche, et nous rendons compte, en termes de progrès thérapeutiques, d’enjeux économiques et sociaux.
Le CSIS, annoncé dans les prochaines semaines par le Président de la République sera une nouvelle étape structurante de cette démarche pour le progrès thérapeutique et la sortie de crise.
Mesdames et Messieurs, chers Amis, je vous remercie de votre attention.
[1] Etude « Consommation pharmaceutique et indicateurs de santé publique »
[1] Source : ministère de la Recherche
[3] Ont été retenues les Améliorations du Service Médical Rendu (ASMR) figurant sur le site de la Haute Autorité de Santé (HAS) du 17 janvier 2008 au 15 janvier 2009 inclus. Rappelons que les ASMR apprécient l’amélioration du service médical rendu par un médicament en comparaison aux autres médicaments déjà commercialisés dans la même classe. Elle est cotée de 1 à 4, de majeure à modeste.
Conférence de presse du 17 juin 2010 [+]