Les antibiotiques, c’est fini ?
On a cru pendant une cinquantaine d’années environ que les antibiotiques nous permettraient de venir à bout de toutes les maladies infectieuses d’origine bactérienne.
Aujourd’hui, il nous faut déchanter : des bactéries autrefois sensibles développent des résistances à des médicaments auparavant efficaces et l’on pourrait manquer, à terme, d’outils antibiotiques appropriés.
Aujourd’hui
- L’histoire de ces médicaments fabriqués à partir de bactéries, pour lutter contre des bactéries, est une grande “success-story” thérapeutique.
- 200 antibiotiques ont été mis au point pour traiter de nombreuses pathologies infectieuses différentes en soixante ans.
- Mais depuis 40 ans, seule 1 nouvelles famille d’antibiotiques est apparue sur le marché[45].
Pourquoi la situation est-elle critique ?
- Plus de 50 ans après la première commercialisation de la pénicilline (1943), les bactéries “prennent leur revanche” et développent des résistances aux traitements par antibiotiques.
- Les bactéries ne cessent de s’adapter et “d’imaginer” des parades : les chercheurs, en retour, réagissent à ces parades en inventant de nouvelles armes antibiotiques auxquelles les bactéries s’adaptent à nouveau en développant une nouvelle résistance et ainsi de suite. Les deux adversaires acquièrent ainsi sans cesse de nouvelles “adaptations” pour ne pas être distancés l'un par l’autre.
- Jusqu’à présent, l’homme avait quelques longueurs d’avance sur les bactéries, mais aujourd’hui cette avance se réduit, ce qui rend la situation critique.
Dans les pays développés, jusqu’à 60% des infections nosocomiales sont dues à des microbes résistants aux médicaments[46].
Nous cherchons à favoriser le bon usage des antibiotiques
- Il faut d’un côté développer de nouveaux médicaments pour garantir l’accès à des traitements efficaces en cas d’infections bactériennes agressives, résistantes aux traitements usuels ou émergentes, et de l’autre faire un usage rationel des antibiotiques.
- Les bactéries résistantes, ne pouvant être détruites par les antibiotiques, sont fragilisées par leurs mutations génétiques : dès que l’environnement devient “normal”, elles finissent par disparaître au bout d’un certain temps. Un usage raisonné des antibiotiques permet donc de limiter l’apparition de bactéries résistantes.
- La prescription prudente d’antibiotiques appropriés s’opérera d’autant mieux que les médecins auront accès à des tests diagnostiques rapides et peu coûteux pour identifier les germes pathogènes et leurs propriétés de résistance.
- Il faut protéger les vieux antibiotiques afin d’en conserver la connaissance.
- Il faut diminuer l’utilisation des antibiotiques au niveau de la consommation animale : mise en place de l’interdiction de l’utilisation d’antibiotiques comme suppléments de croissance en 2005.
En 4 ans, de 2002 à 2006, la consommation d’antibiotiques a diminué en France de 17% et de 31% chez les enfants de 0-5ans[47]
[45]Patrice Courvalin. “Unité des agents antiinfectieux”. Institut Pasteur.
www.gazettelabo.fr/2002archives/pratic/2005/98courvalin.htm.
[46] www.pasteur.fr
[47] Résultats de l’Institut Pasteur : “Suivi de l’évolution de la consommation d’antibiotiques. Assurance maladie”. Conférence
de presse. 16 janvier 2007.